En bref — L'Algérie veut sortir du tout-pétrole et appelle ouvertement sa diaspora à investir. Les secteurs mis en avant par l'État en 2026 : agriculture et agroalimentaire, tourisme (surtout le Sahara), industrie pour remplacer les importations, énergies renouvelables, industrie pharmaceutique et mines. L'investissement passe par l'AAPI (le guichet unique) et la loi 22-18, qui offre des exonérations d'impôts — ⚠️ pas des aides en argent. Avant de vous lancer : faites valider votre projet par l'AAPI et entourez-vous d'un comptable. ✓ Vérifié le 29/05/2026 · Sources : AAPI (loi 22-18), Loi de finances 2026, APS, presse spécialisée.
Vous vivez en France, au Canada ou ailleurs, et vous pensez à monter un projet au bled ? Vous n'êtes pas seul. Fin 2024, le président Tebboune a lancé un appel clair à la diaspora : « investissez dans votre pays », en promettant que la loi sur l'investissement ne changerait pas pendant dix ans (Jeune Afrique, déc. 2024). Derrière les discours, il y a de vraies opportunités — mais aussi des réalités de terrain. On fait le tour des secteurs qui montent, simplement, chiffres et sources à l'appui.
Pour le mode d'emploi (quel statut, comment créer à distance), voyez plutôt l'outil Quel statut pour mon entreprise ? et le guide créer une entreprise / investir. Ici, on parle opportunités.
Pourquoi l'Algérie pousse l'investissement maintenant
Le pays vit encore largement du pétrole et du gaz. L'État veut changer ça : sa priorité affichée est « produire local, moins importer, exporter autre chose que des hydrocarbures » (APS, El Moudjahid, 2025). L'objectif annoncé pour 2026 est d'atteindre 10 à 15 milliards de dollars d'exportations hors hydrocarbures.
⚠️ À nuancer : ces exportations ne pèsent encore qu'environ 7 % du total et reposent surtout sur les engrais, l'acier et le ciment (Banque mondiale, 2025). Le chantier est donc réel mais récent — c'est justement ce qui crée des places à prendre.
Les secteurs qui montent
Agriculture et agroalimentaire
C'est le secteur du moment. L'agriculture pèse déjà environ 15 % de l'économie et l'État a attribué de vastes terres dans le Sud (le Sahara) pour produire céréales, oléagineux (tournesol, colza) et betterave sucrière.
Deux exemples qui donnent le ton :
- ✓ Baladna (groupe qatari) : un projet laitier de plus de 3,5 milliards de dollars, visant à couvrir à terme la moitié des besoins du pays en lait (TSA, 2025).
- ✓ Bonifiche Ferraresi (Italie) : 420 millions d'euros sur 36 000 hectares vers Timimoun/Adrar, pour le blé dur et les légumineuses (accord 2024).
Pour la diaspora, les filières accessibles sont plutôt la transformation (conserves, dattes conditionnées, huiles, lait) et les services agricoles, plus que les méga-fermes. Voir le guide investir dans l'agriculture.
Tourisme, surtout le Sahara
Le Sud algérien attire de plus en plus : environ 750 000 visiteurs en 2025, dont près de 65 000 étrangers (visa-algerie, 2025). Pour faciliter les choses, l'Algérie a mis en place un visa à l'arrivée (séjour jusqu'à 30 jours) pour les groupes organisés vers le Grand Sud, et un e-visa est en préparation.
Les opportunités : hébergement (maisons d'hôtes, petits hôtels), agences de voyage spécialisées Sahara, restauration et artisanat. Détails dans le guide investir dans le tourisme et l'hôtellerie.
Industrie : remplacer les importations
L'État veut produire sur place ce qu'il achetait à l'étranger. Les filières encouragées : montage automobile, électroménager et électronique, matériaux de construction, sidérurgie. Si vous avez une expertise technique acquise à l'étranger, c'est un terrain où le savoir-faire compte autant que le capital. Une variante plus simple : l'import de ce qui manque encore — voir devenir importateur.
Énergies renouvelables
L'Algérie a lancé un grand programme : 15 000 mégawatts d'énergies renouvelables d'ici 2035. Le premier appel d'offres solaire (Solar 1000 MW) a été attribué, suivi de programmes de 2 000 et 3 000 MW. L'hydrogène vert en est au stade des projets pilotes.
⚠️ Les calendriers de mise en service glissent souvent : visez ce secteur sur le long terme, en tant que sous-traitant, installateur ou fournisseur de services, plus que pour un gain rapide.
Industrie pharmaceutique
Belle réussite récente : la facture d'importation de médicaments est passée d'environ 1,25 milliard de dollars en 2022 à 515 millions en 2024, car le pays produit désormais ~82 % de ses besoins sur place. Plus d'une centaine de nouveaux projets sont à l'étude (2025). Un secteur exigeant (agréments, normes) mais en pleine expansion.
Mines
De gros chantiers démarrent : le fer de Gara Djebilet, le phosphate de Bled El Hadba, le zinc d'Oued Amizour. Les premières unités sont attendues courant 2026 — ⚠️ mais ce sont des objectifs, souvent décalés dans le temps. Pour la diaspora, l'intérêt est surtout dans les services autour (logistique, équipements, sous-traitance).
Le cadre : l'AAPI et la loi 22-18
Tout investissement « sérieux » passe par l'AAPI — l'Agence algérienne de promotion de l'investissement, qui sert de guichet unique (un seul endroit pour enregistrer votre projet). La loi 22-18 (du 24 juillet 2022) prévoit trois régimes :
- Secteurs : les activités prioritaires (agriculture, mines, pharmacie, tourisme, énergies renouvelables) ;
- Zones : les régions à développer (Hauts-Plateaux, Sud, Grand Sud) ;
- Projets structurants : les gros investissements.
⚠️ À comprendre absolument : ces régimes donnent des exonérations d'impôts, pas de l'argent. Concrètement, pendant la phase de construction du projet : pas de droits de douane ni de TVA sur le matériel. Puis pendant l'exploitation : pas d'impôt sur les bénéfices (IBS) ni de taxe sur l'activité (TAP) pendant 3 à 5 ans (régime secteurs), et jusqu'à 10 ans dans le Sud et les Hauts-Plateaux — où l'État peut en plus prendre en charge des travaux d'infrastructure. Tout le détail dans le guide aides et avantages à l'investissement.
Ce que l'État propose à la diaspora (et ce qui reste à confirmer)
L'Algérie multiplie les signaux vers sa communauté à l'étranger :
- ✓ Un Conseil mondial de la diaspora algérienne (CMDA) a réuni une centaine d'investisseurs à Alger en septembre 2025 (APS).
- ✓ La Banque nationale d'Algérie a lancé fin 2025 une offre « Bladi Dz » : ouverture de comptes à distance et finance islamique pour la diaspora (Observalgérie, déc. 2025).
- ⚠️ Un guichet unique dédié à la diaspora et un fonds de garantie pour ses projets ont été annoncés — mais à notre dernière vérification, ils ne sont pas encore confirmés comme opérationnels. À suivre.
Côté argent, la diaspora transfère officiellement environ 1,83 milliard de dollars par an (chiffre 2022) ; les estimations informelles sont bien plus élevées (souvent citées autour de 18 à 20 milliards, mais ce sont des estimations, pas des données certifiées).
Concrètement, à qui ça s'adresse ?
Exemple — Nadia, 15 ans à Marseille, veut monter une conserverie de dattes près de Biskra. Son projet relève du régime « secteurs » (agroalimentaire). Elle peut viser les exonérations AAPI, apporter son capital en devises, et garder un pied en France au début. Sa vraie difficulté ne sera pas l'argent : ce sera de trouver une personne de confiance sur place pour gérer au quotidien.
L'investissement au bled vaut le coup si :
- ✓ vous avez un vrai projet (pas juste « placer de l'argent ») et de préférence un savoir-faire à apporter ;
- ✓ vous acceptez un horizon long (les démarches et la mise en route prennent du temps) ;
- ✓ vous vous entourez : un comptable algérien, un notaire, et idéalement un associé local fiable.
⚠️ Ça vaut moins le coup si vous cherchez un rendement rapide et passif, ou si vous croyez aux promesses de « subventions automatiques pour la diaspora » : elles n'existent pas.
Questions fréquentes
L'État donne-t-il de l'argent à la diaspora pour investir ? Non. L'Algérie offre des exonérations d'impôts (via l'AAPI et la loi 22-18), pas des chèques. Méfiez-vous de toute personne qui vous promet une « subvention diaspora » garantie.
Quel est le secteur le plus accessible pour débuter ? Souvent l'agroalimentaire (transformation), les services et le tourisme : ils demandent moins de capital qu'une usine et profitent de la priorité donnée à la production locale.
Puis-je investir sans rentrer vivre en Algérie ? Oui, un non-résident peut créer une société et investir. Mais il faut un relais de confiance sur place et accepter de la gestion à distance. Voir créer et gérer son entreprise depuis la France.
Les avantages AAPI sont-ils automatiques ? Non : vous devez enregistrer votre projet au guichet unique de l'AAPI au préalable, et l'avantage dépend du secteur et de la zone. Vérifiez votre cas directement auprès de l'AAPI avant de vous engager.
Et la Loi de finances 2026, qu'apporte-t-elle ? Elle baisse l'impôt sur les dividendes des résidents (de 15 % à 10 %), prolonge l'exonération des start-up, ajoute des déductions « vert » (renouvelables, hydrogène) et prend en charge les frais des exportateurs sur les salons (Algérie Eco, JO n°88/2025).
Sources officielles
- AAPI (aapi.dz) — régimes d'incitation et avantages de la loi n°22-18 du 24/07/2022 ; enregistrement au guichet unique.
- Loi de finances 2026 — Journal Officiel n°88 du 31/12/2025 : dividendes résidents 15 %→10 %, exonérations start-up, déductions « énergies vertes », appui aux exportateurs.
- APS — Conseil mondial de la diaspora algérienne (CMDA), IATF 2025 (sept. 2025).
- El Moudjahid, TSA, Algérie Eco — exportations hors hydrocarbures, agriculture, mines (Gara Djebilet, phosphate, zinc), énergies renouvelables, pharmacie (2025-2026).
- Observalgérie — incitations et services bancaires pour la diaspora (« Bladi Dz », BNA, déc. 2025).
- visa-algerie — tourisme saharien et transferts de la diaspora (2025).
Dernière vérification : 29/05/2026. Les chiffres et calendriers cités sont des repères datés (objectifs d'investissement, dates de mise en service de projets) qui évoluent souvent — nous revérifions régulièrement. Avant tout engagement, faites valider votre régime par l'AAPI et consultez un comptable et un notaire. Bledz n'est ni un conseiller en investissement ni un intermédiaire.
Pour aller plus loin : Quel statut pour mon entreprise ? (outil) · créer une entreprise / investir · aides & avantages à l'investissement · créer et gérer depuis la France · erreurs à éviter.
— La rédaction Bledz