En bref — Oui, vous pouvez créer une entreprise en Algérie même en vivant à l'étranger. Les formes les plus simples sont l'EURL (vous êtes seul) et la SARL (à plusieurs). La création passe par le CNRC (Centre National du Registre du Commerce) : vous réservez un nom, vous faites rédiger les statuts chez un notaire, vous déposez le capital à la banque, puis vous obtenez votre registre du commerce (RC) et votre NIF (Numéro d'Identification Fiscale). Comptez environ 2 semaines pour le RC et autour de 53 000 à 61 000 DA de frais (hors capital et hors location de local). Depuis l'étranger, vous pouvez tout faire par procuration établie à votre consulat. L'AAPI (Agence Algérienne de Promotion de l'Investissement) est le guichet qui accompagne les investisseurs et donne accès à des avantages fiscaux. ✓ Vérifié le 26/05/2026 · Sources : CNRC, AAPI, décret exécutif n° 23-169, consulats d'Algérie.
Vous vivez à l'étranger et vous rêvez de monter votre affaire au pays — un commerce, un service, une start-up, un projet immobilier ? Bonne nouvelle : c'est possible, et vous n'êtes pas obligé de poser des congés pour faire la queue dans les administrations à Alger. On vous explique tout, simplement, étape par étape : quelle forme choisir, comment s'immatriculer, ce que ça coûte, et comment faire à distance sans se faire avoir.
D'abord : entreprise « classique » ou « investissement » ?
Ce sont deux chemins différents, et on les confond souvent.
- Créer une entreprise = donner naissance à une société (EURL, SARL…) pour exercer une activité (boutique, restaurant, bureau d'études, agence…). Ça se passe au CNRC.
- Investir = engager un projet plus gros (usine, hôtel, ferme, gros équipement…) en demandant en plus des avantages fiscaux (impôts et taxes réduits pendant quelques années). Ça se passe à l'AAPI.
Vous pouvez faire l'un, l'autre, ou les deux : on monte d'abord la société au CNRC, puis on demande les avantages à l'AAPI si le projet y a droit.
⚠️ Avant de vous lancer, sachez ceci : créer la société, c'est la partie la plus simple. Le vrai travail, c'est de préparer votre projet (où, quel local, quels clients, quel budget). Ce guide couvre la partie administrative.
Les formes d'entreprise, expliquées simplement
Voici les formes les plus courantes. Inutile de tout connaître : dans 9 cas sur 10, c'est EURL ou SARL.
- ✓ EURL (Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée) = une société avec un seul associé : vous. Idéale si vous montez le projet seul. Votre responsabilité est limitée : en cas de dettes, vous ne risquez que l'argent mis dans la société, pas votre maison personnelle.
- ✓ SARL (Société À Responsabilité Limitée) = la même chose, mais à plusieurs : de 2 à 50 associés. Idéale si vous vous associez (avec un proche resté au pays, par exemple).
- SPA (Société Par Actions) = pour les gros projets avec beaucoup d'associés et un capital important. Plus lourde à gérer.
- SNC (Société en Nom Collectif) = plusieurs associés, mais ici la responsabilité est illimitée (vous risquez vos biens personnels). Rarement conseillée pour débuter.
- Auto-entrepreneur / micro-entreprise = un statut plus léger pour une activité individuelle modeste, sans créer de société. Démarches simplifiées. Bon point d'entrée si votre projet est petit.
En clair : seul → EURL. À plusieurs → SARL. Petit projet individuel → auto-entrepreneur. Gros projet → on en reparle avec un notaire.
Exemple : Sofiane vit à Marseille et veut ouvrir une petite agence de services à Béjaïa, tout seul. → Il part sur une EURL.
Êtes-vous concerné ? (qui peut créer)
- ✓ Vous êtes algérien (ou binational) et vous vivez à l'étranger : vous pouvez créer une entreprise en Algérie.
- ✓ Vous pouvez le faire en vous déplaçant au pays, ou à distance par procuration (voir plus bas).
- ✓ Certaines activités sont réglementées (santé, transport, import-export, sécurité…) : elles demandent une autorisation d'une administration avant l'immatriculation. Les activités ordinaires (commerce, services courants) sont libres.
⚠️ Les étrangers (non-algériens) peuvent aussi investir, mais avec des règles en plus (notamment sur la part détenue dans certains secteurs). Ce guide vise d'abord la diaspora algérienne.
Les étapes, une par une
Voici le parcours standard pour une EURL ou une SARL. L'ordre compte.
- Réservez le nom de votre société (la « dénomination ») auprès du CNRC. On vérifie que le nom est libre et on vous le réserve. C'est la toute première brique.
- Faites rédiger et signer les statuts chez un notaire. Les statuts, c'est la « carte d'identité » de la société (nom, activité, capital, gérant, règles). En Algérie, pour une société, ils doivent être authentifiés par un notaire (un officier public qui certifie l'acte).
- Ouvrez un compte et déposez le capital à la banque. Vous bloquez le capital social (l'argent de départ de la société) sur un compte. La banque vous remet une attestation.
- Publiez une annonce légale au BOAL. Le BOAL (Bulletin Officiel des Annonces Légales) est le journal officiel où l'on annonce la naissance de la société (pour informer le public).
- Immatriculez la société au CNRC. Vous déposez le dossier complet : on vous délivre votre registre du commerce (RC) — le document qui prouve que votre société existe légalement.
- Obtenez le NIF auprès des impôts. Le NIF (Numéro d'Identification Fiscale) est le numéro fiscal de votre société (auprès de la DGI = Direction Générale des Impôts). Il vous suit pour toutes vos déclarations.
- Affiliez-vous à la sécurité sociale. Le gérant s'inscrit à la CASNOS (caisse des non-salariés) ; si vous avez des employés, vous les déclarez à la CNAS (caisse des salariés).
💡 Bon à savoir : un guichet unique (au CNRC, et à l'AAPI pour les investisseurs) regroupe plusieurs de ces démarches au même endroit — RC, NIF, affiliation sociale. Ça évite de courir d'un bureau à l'autre.
Faire tout ça depuis l'étranger (à distance)
C'est la question que toute la diaspora se pose. Deux voies existent.
Voie 1 — La procuration (disponible aujourd'hui)
Vous n'êtes pas obligé de venir : vous pouvez donner pouvoir à quelqu'un en Algérie (un proche, ou un professionnel) pour faire les démarches à votre place. C'est la procuration.
Pour cela, vous établissez une procuration au consulat d'Algérie de votre ville (on parle de procuration consulaire). Les pièces généralement demandées : - ✓ Votre carte consulaire en cours de validité (la carte d'immatriculation à votre consulat) ; - ✓ Une copie de votre passeport algérien ; - ✓ La procuration signée devant le consulat, qui désigne la personne autorisée à agir pour vous.
Votre mandataire (la personne que vous désignez) peut alors signer chez le notaire et déposer les dossiers au CNRC en votre nom.
Voie 2 — La création 100 % en ligne (en cours de déploiement)
L'Algérie prépare un système pour que la diaspora crée son entreprise entièrement à distance, sans procuration, via le portail du CNRC. Le cadre existe (décret exécutif n° 23-169 du 24 avril 2023, qui confie au CNRC un portail électronique de création d'entreprise). Une ouverture spécifique à la diaspora a été annoncée fin 2025.
⚠️ Soyons honnêtes : au moment où nous écrivons (mai 2026), ce service 100 % en ligne pour la diaspora est en cours de déploiement, pas encore ouvert à tous. Aujourd'hui, la voie sûre et disponible reste la procuration consulaire. Nous mettrons ce guide à jour dès que le service en ligne sera réellement ouvert.
Le rôle de l'AAPI (pour investir)
L'AAPI (Agence Algérienne de Promotion de l'Investissement) — l'ex-ANDI (l'ancien nom) — est l'organisme public qui accompagne les investisseurs. C'est votre interlocuteur si votre projet est un vrai investissement (équipement lourd, création d'emplois, secteur encouragé).
Ce qu'elle apporte : - ✓ Un guichet unique qui regroupe les démarches (registre du commerce, NIF, affiliation sociale, autorisations) ; - ✓ Une plateforme en ligne pour déposer et suivre votre dossier d'investissement à distance (portail de l'investisseur, invest.gov.dz) ; - ✓ L'accès, si le projet y a droit, à des avantages fiscaux (voir ci-dessous).
À retenir : le CNRC crée la société. L'AAPI donne les avantages d'investissement par-dessus. Ce ne sont pas les mêmes guichets.
Les avantages pour la diaspora (à manier avec prudence)
L'Algérie communique régulièrement sur sa volonté d'attirer les investissements de la diaspora. Concrètement, les avantages passent par les régimes d'incitation de l'AAPI, ouverts à tous les investisseurs (diaspora comprise) selon le secteur et la région.
Selon le projet, ces avantages peuvent comprendre : - ✓ une exonération de TVA (taxe sur la valeur ajoutée) sur les équipements ; - ✓ des droits de douane réduits ou supprimés sur le matériel importé pour le projet ; - ✓ une exonération d'impôt sur les bénéfices (IBS) pendant plusieurs années ; - ✓ une exonération de taxe foncière sur les terrains et bâtiments du projet.
La durée et l'ampleur dépendent du secteur (industrie, agriculture, tourisme, énergies, technologies…) et de la zone : les régions du Sud et des Hauts Plateaux bénéficient d'avantages renforcés, sur une période plus longue.
⚠️ Important : ces avantages ne sont pas automatiques et ne sont pas réservés à la diaspora seule. Ils dépendent de votre projet et de critères précis, qui changent souvent. Méfiez-vous de quiconque vous promet « 10 ans sans impôts garantis » sans avoir vu votre dossier. Le seul moyen fiable de savoir à quoi vous avez droit : déposer votre projet à l'AAPI et lire la décision.
Les documents à fournir
Pour la création de la société (EURL/SARL), prévoyez en général : - ✓ La dénomination réservée au CNRC (le nom validé) ; - ✓ Les statuts signés chez le notaire ; - ✓ L'attestation de dépôt du capital délivrée par la banque ; - ✓ Le justificatif du siège social (contrat de location, acte de propriété ou domiciliation) ; - ✓ Une copie de votre passeport et, pour la diaspora, votre carte consulaire ; - ✓ La publication au BOAL.
Pour agir à distance, ajoutez la procuration consulaire (qui désigne votre mandataire).
💡 Conseil : la liste exacte peut varier selon votre cas (activité réglementée, type de local). Appelez le CNRC ou un notaire avant de monter le dossier, pour avoir la liste à jour et éviter un aller-retour.
Combien ça coûte et combien de temps ?
Les frais ci-dessous sont indicatifs (mai 2026) et hors capital et hors location de local.
| Poste | Coût indicatif |
|---|---|
| Réservation du nom (dénomination, CNRC) | ~1 000 DA |
| Statuts chez le notaire | ~15 000 à 25 000 DA |
| Immatriculation au registre du commerce (droits + timbre) | ~20 000 DA |
| Publication au BOAL | ~7 600 DA |
| Total frais incompressibles | ~53 000 à 61 000 DA |
| NIF (numéro fiscal) | en principe gratuit |
| Capital social à déposer | 100 000 DA (dont 20 000 DA libérés au départ) |
| Domiciliation / location du siège (si pas de local) | ~45 000 à 90 000 DA selon la durée |
Délais indicatifs : - ✓ Registre du commerce : environ 2 semaines si le dossier est complet. - ✓ NIF : souvent 1 à 2 semaines de plus. - ✓ Affiliation CASNOS : à enchaîner après l'immatriculation.
Sur le capital : le minimum pratique demandé par le CNRC et les banques est de 100 000 DA, mais vous n'en bloquez que 20 % (soit 20 000 DA) à la création. Depuis la loi 15-20 de 2015, il n'y a plus, en théorie, de minimum imposé par la loi — mais 100 000 DA reste la référence appliquée. Cet argent vous appartient : il sert ensuite à faire tourner la société.
Pièges et erreurs fréquentes
- ⚠️ Les faux « facilitateurs ». Sur les réseaux sociaux, des intermédiaires promettent de « tout faire pour vous » contre de grosses sommes. Beaucoup sont inutiles, voire malhonnêtes. Le CNRC, le notaire et l'AAPI sont vos vrais interlocuteurs. Un professionnel sérieux a une adresse réelle et une facture.
- ⚠️ Les promesses d'avantages exagérées. « Zéro impôt garanti », « subvention assurée pour la diaspora » : aucun avantage AAPI n'est garanti d'avance. Tout dépend de votre dossier et des critères en vigueur. Exigez du noir sur blanc (la décision officielle), jamais une promesse orale.
- ⚠️ L'association locale mal cadrée. Beaucoup montent une société avec un proche resté au pays qui détient des parts ou gère au quotidien. Sans statuts clairs (qui décide ? qui touche quoi ? que se passe-t-il en cas de désaccord ?), c'est la première source de conflits — et de pertes. Faites écrire la répartition des parts et des pouvoirs chez le notaire, même avec la famille.
- ⚠️ Donner une procuration trop large. Une procuration qui autorise tout (vendre, emprunter, vider le compte) est dangereuse. Limitez-la précisément aux démarches de création.
- ⚠️ Confondre les guichets. Aller à l'AAPI pour une simple boutique, ou attendre du CNRC qu'il donne des avantages fiscaux : on perd du temps. CNRC = créer la société ; AAPI = avantages d'investissement.
- ⚠️ Oublier la suite. Une fois la société créée, il y a des obligations : déclarations fiscales, cotisations CASNOS. Anticipez-les avant de vous lancer.
Questions fréquentes
Dois-je venir en Algérie pour créer mon entreprise ? Non, pas obligatoirement. Vous pouvez tout faire par procuration établie à votre consulat (votre mandataire signe et dépose pour vous). Un service de création 100 % en ligne pour la diaspora est par ailleurs en cours de déploiement.
EURL ou SARL : laquelle choisir ? EURL si vous êtes seul. SARL si vous êtes plusieurs (2 associés ou plus). Les deux protègent vos biens personnels (responsabilité limitée au capital).
Quel capital faut-il vraiment ? La référence est 100 000 DA, mais vous n'en déposez que 20 % (20 000 DA) au départ. Cet argent reste celui de votre société.
Ai-je besoin d'un notaire ? Oui pour une société (EURL, SARL…) : les statuts doivent être authentifiés par un notaire. Pour une micro-entreprise / auto-entrepreneur, les démarches sont plus légères.
La diaspora a-t-elle des avantages fiscaux spéciaux ? Les avantages passent par les régimes de l'AAPI, ouverts à tous selon le secteur et la région — ils ne sont pas réservés à la diaspora ni automatiques. Pour les obtenir, il faut déposer un dossier d'investissement à l'AAPI.
Puis-je investir en gardant ma résidence à l'étranger ? Oui. Vous pouvez détenir une société algérienne tout en vivant à l'étranger. Pour un projet financé en devises, renseignez-vous auprès de l'AAPI et de votre banque sur les règles de transfert avant de commencer.
Une micro-entreprise, c'est plus simple ? Oui, c'est le point d'entrée le plus léger pour une activité individuelle modeste : moins de formalités, pas de notaire pour les statuts. Mais elle convient surtout aux petits projets.
Sources officielles
- CNRC — Centre National du Registre du Commerce (cnrc.dz, portail sidjilcom.cnrc.dz) : formes de sociétés, formalités d'immatriculation, dénomination, registre du commerce, guichet unique.
- AAPI — Agence Algérienne de Promotion de l'Investissement (aapi.dz, portail de l'investisseur invest.gov.dz) : guichet unique investisseurs, régimes d'incitation, avantages fiscaux.
- Décret exécutif n° 23-169 du 24 avril 2023 : portail électronique de création d'entreprise géré par le CNRC (base de la création en ligne / à distance).
- Consulats d'Algérie : pages « création de micro-entreprises par la communauté nationale à l'étranger », carte consulaire, procuration consulaire.
- Précisions de presse (statut du dispositif « à distance », objectifs diaspora) : Algérie Éco, visa-algerie, Maghreb Émergent, Observalgérie (déc. 2025 – 2026).
Dernière vérification : 26/05/2026. La réglementation algérienne sur la création d'entreprise et l'investissement évolue souvent (notamment l'ouverture du service 100 % en ligne pour la diaspora) — nous revérifions régulièrement. Pour un conseil adapté à votre projet (forme juridique, fiscalité, parts d'associés), le notaire, le CNRC et l'AAPI restent vos interlocuteurs officiels.
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— La rédaction Bledz