En bref — Si vous avez travaillé en France et en Algérie, vos années comptent dans les deux pays grâce à la convention de sécurité sociale franco-algérienne (signée le 1er octobre 1980). Chaque pays vous verse sa propre part de retraite. Vous pouvez toucher votre retraite française en vivant en Algérie (et, dans certains cas, votre retraite algérienne en vivant en France). Une seule chose à ne pas oublier : envoyer chaque année votre certificat de vie (un papier qui prouve que vous êtes toujours en vie), sinon les versements s'arrêtent. ✓ Vérifié le 26/05/2026 · Sources : CLEISS, L'Assurance retraite (CNAV), CNR (Algérie), conventions France-Algérie de 1980 (sécu sociale) et 1999 (fiscale).
Vous avez travaillé des années en France, peut-être aussi au pays, et vous vous demandez ce que vous toucherez à la retraite ? Bonne nouvelle : vos deux carrières ne sont pas perdues. Un accord entre la France et l'Algérie les relie. On vous explique tout, simplement : combien de pensions vous toucherez, comment les demander, comment être payé où que vous viviez, et quels papiers fournir.
L'accord France-Algérie, c'est quoi ?
Pour relier les retraites des deux pays, la France et l'Algérie ont signé une convention de sécurité sociale (= un accord officiel entre deux États sur les droits sociaux). Elle date du 1er octobre 1980 et s'applique depuis le 1er janvier 1982.
Cet accord sert à une chose simple : vos années de travail en France et vos années de travail en Algérie sont prises en compte ensemble quand on calcule vos droits à la retraite. Vous ne perdez ni les unes ni les autres.
C'est le CLEISS (Centre des Liaisons Européennes et Internationales de Sécurité Sociale) qui coordonne tout ça côté français. C'est l'organisme public qui fait le lien entre les caisses françaises et les caisses étrangères.
Le mot clé à comprendre : la « totalisation »
La totalisation, c'est l'idée centrale. Cela veut dire qu'on additionne vos périodes travaillées dans les deux pays pour vérifier que vous avez droit à une retraite.
Voici comment ça marche concrètement :
- ✓ On additionne vos années françaises et vos années algériennes pour voir si vous ouvrez le droit à une pension (= si vous avez assez cotisé pour en toucher une).
- ✓ Ensuite, chaque pays calcule et paie SA part, en fonction du nombre d'années travaillées chez lui. C'est ce qu'on appelle la proratisation (= chacun paie au prorata, c'est-à-dire en proportion).
Exemple — Karim, 20 ans en France + 10 ans en Algérie. Karim a cotisé 30 ans en tout. La France regarde ses 30 années pour confirmer qu'il a droit à une retraite, puis lui verse une pension calculée sur ses 20 ans français. L'Algérie fait pareil de son côté et lui verse une pension calculée sur ses 10 ans algériens. Karim touchera donc deux retraites : une française et une algérienne.
⚠️ Important : la totalisation aide à ouvrir le droit, mais chaque pension reste calculée sur les années faites dans ce pays-là. La France ne paie pas pour vos années algériennes, et l'inverse est vrai aussi.
À savoir : pour ouvrir un droit à la retraite française, il faut avoir l'âge légal de départ et avoir cotisé au moins un trimestre en France (un trimestre = 3 mois validés). Selon votre situation, on peut vous demander un peu plus. En cas de doute, c'est votre caisse de retraite qui tranche.
Cas n°1 : toucher sa retraite française en vivant en Algérie
C'est le cas le plus fréquent. Bonne nouvelle : votre retraite française se touche partout dans le monde, y compris si vous rentrez vivre au pays. Vivre en Algérie ne vous fait pas perdre votre pension française.
Ce qu'il faut faire :
- Demandez votre retraite française auprès de votre dernière caisse en France (voir la section « étapes »). Faites-le idéalement 4 à 6 mois avant la date de départ souhaitée.
- Indiquez un compte bancaire pour être payé. Vous pouvez être payé sur un compte en France ou sur un compte en Algérie.
- Envoyez votre certificat de vie chaque année (voir plus bas — c'est le point à ne jamais oublier).
⚠️ Attention aux prélèvements. Même en vivant en Algérie, une cotisation d'assurance maladie est retenue sur votre pension française : 3,2 % sur la retraite de base et 4,2 % sur la retraite complémentaire. En revanche, en tant que personne qui ne vit plus en France (= non-résident), vous n'êtes pas redevable de la CSG ni de la CRDS (deux impôts sociaux français). (Source : Service des Retraites de l'État, CLEISS.)
Cas n°2 : toucher sa retraite algérienne (CNR) en vivant en France
C'est l'inverse, et là, attention, c'est plus encadré.
La caisse de retraite algérienne s'appelle la CNR (Caisse Nationale des Retraites). En principe, une retraite algérienne se verse sur le territoire algérien. Mais la convention de 1980 permet, dans un cas précis, de la toucher en vivant en France.
⚠️ La condition posée par les autorités algériennes : vous ne pouvez toucher votre pension algérienne en France que si vous avez travaillé dans les DEUX pays — à la fois en Algérie et en France. Si vous avez cotisé uniquement en Algérie, exporter cette pension vers la France est très difficile, voire impossible en pratique. (Source : réponse officielle du Gouvernement à l'Assemblée nationale ; CLEISS.)
Comment faire la demande, si vous remplissez la condition :
- Vous ne contactez pas directement la CNR en Algérie. Tout passe par la caisse française (L'Assurance retraite / CNAV, ou votre Carsat régionale — la Carsat est la caisse régionale qui gère les retraites).
- La caisse française transmet automatiquement votre demande à la CNR, à l'aide d'un formulaire de liaison appelé SE 401-ALG. Vous n'avez pas à le remplir vous-même : ça se fait entre organismes.
- La CNR vérifie votre carrière algérienne, calcule vos droits, puis vous envoie une notification officielle.
Le certificat de vie : le papier à ne JAMAIS oublier
C'est le point qui fait suspendre des retraites chaque année. Lisez bien.
Quand vous vivez à l'étranger, votre caisse de retraite ne peut pas savoir si vous êtes toujours en vie. Elle vous demande donc, une fois par an, un certificat de vie (aussi appelé certificat d'existence ou justificatif d'existence) : un document officiel qui prouve que vous êtes bien vivant.
Les règles à connaître :
- ✓ Un seul certificat suffit pour TOUTES vos caisses françaises (retraite de base + complémentaire). Vous ne le faites qu'une fois par an.
- ⚠️ Vous avez 1 mois pour le renvoyer une fois la demande reçue. Passé ce délai, votre retraite peut être suspendue (les versements s'arrêtent).
- ✓ Une fois votre situation régularisée, les paiements reprennent.
Vous avez deux façons de le faire :
Option A — l'application « Mon certificat de vie » (la plus simple). Depuis juin 2024, une application gratuite permet de prouver que vous êtes en vie avec votre smartphone, grâce à la reconnaissance du visage (une courte vidéo de vous). Le justificatif part automatiquement à vos caisses. Plus besoin de vous déplacer. - Il vous faut : un passeport ou une carte d'identité lisible par la machine, et un téléphone compatible (iPhone iOS 14.3 et plus, ou Android 9 et plus).
Option B — le certificat papier visé par une autorité locale. Vous vous présentez en personne auprès d'une autorité algérienne habilitée (ou au consulat de France de votre région en Algérie) avec une pièce d'identité et le courrier de votre caisse. On vise votre certificat, puis vous le renvoyez à votre caisse (par le site Info Retraite ou par courrier).
Conseil : créez votre compte personnel sur le site de L'Assurance retraite (lassuranceretraite.fr). C'est là que la demande de certificat de vie arrive chaque année, et que vous suivez vos versements.
Et la santé ? Être soigné quand on est retraité en Algérie
Si vous vivez en Algérie avec seulement une retraite française (sans droit à la sécurité sociale algérienne), un protocole de l'accord de 1980 peut vous ouvrir une couverture maladie sur place.
En pratique : la caisse algérienne vérifie que vous n'avez pas droit aux soins au titre de la loi algérienne, puis l'échange de formulaires (de type SE 352-08) entre les deux pays peut vous faire reconnaître un droit aux soins, assuré par la CNAS (la caisse de sécurité sociale des salariés en Algérie).
✓ Bon à savoir : lors de vos séjours temporaires en France, vos soins peuvent être pris en charge. C'est le CNAREFE (Centre National des Retraités de France à l'Étranger) qui gère ces dossiers. (Source : CLEISS.)
Les impôts : où paie-t-on ?
Pour éviter de payer deux fois, la France et l'Algérie ont une convention fiscale (= un accord sur les impôts). Elle a été signée le 17 octobre 1999 et s'applique depuis le 1er décembre 2002.
La règle pour les retraites :
- ✓ Retraite privée (du privé, du commerce, de l'industrie…) : elle est imposée dans le pays où vous vivez. Si vous vivez en Algérie, votre retraite privée française est en principe imposée en Algérie.
- ✓ Retraite publique (ancien fonctionnaire de l'État, d'une commune, d'un hôpital public…) : elle reste imposée en France, même si vous vivez en Algérie.
Et pour ne pas payer deux fois, les deux pays utilisent un système de crédit d'impôt : le pays où vous vivez tient compte de l'impôt déjà payé dans l'autre pays.
⚠️ La fiscalité personnelle dépend de votre situation exacte (type de pension, revenus, résidence). Ce guide donne le principe ; pour votre cas précis, rapprochez-vous du service des impôts (en France, le Service des Impôts des Particuliers Non-Résidents).
Les étapes pour demander sa retraite (de France)
- Faites le point sur votre carrière. Sur lassuranceretraite.fr, votre relevé de carrière liste vos trimestres français. Rassemblez aussi vos justificatifs de travail en Algérie.
- Déposez votre demande auprès de votre dernière caisse française (L'Assurance retraite / Carsat). Une seule demande suffit : c'est elle qui contacte les autres régimes et, si besoin, l'Algérie.
- Choisissez votre date de départ et faites la demande 4 à 6 mois avant.
- Indiquez votre compte bancaire (en France ou en Algérie) pour le versement.
- Laissez les caisses dialoguer. Pour la partie algérienne, la caisse française envoie le formulaire SE 401-ALG à la CNR. Vous n'avez rien à remplir entre les deux.
- Recevez vos notifications : chaque pays vous indique le montant de la pension qu'il vous verse.
- Chaque année ensuite : renvoyez votre certificat de vie (voir plus haut).
Les documents à préparer
Pour monter votre dossier, prévoyez en général :
- ✓ Une pièce d'identité (passeport et/ou carte d'identité).
- ✓ Votre relevé de carrière français (sur lassuranceretraite.fr).
- ✓ Vos justificatifs de travail en Algérie (bulletins de paie, attestations d'employeur, numéro de sécurité sociale algérien si vous l'avez).
- ✓ Un relevé d'identité bancaire (RIB) du compte sur lequel être payé.
- ✓ Votre acte de naissance (en Algérie, on parle souvent du S12, l'extrait d'acte de naissance).
💡 Conseil : chaque caisse peut demander une pièce de plus. Appelez votre caisse avant de finaliser le dossier pour avoir la liste exacte à jour.
Pièges et erreurs fréquentes
- ⚠️ Oublier le certificat de vie. C'est la cause n°1 de suspension de pension. Notez la date chaque année, et privilégiez l'application « Mon certificat de vie ».
- ⚠️ Croire qu'une seule caisse paie tout. Non : France et Algérie versent chacune leur part, séparément. Vous recevez plusieurs versements.
- ⚠️ Penser qu'on touche la retraite algérienne en France sans avoir travaillé en France. Faux dans la pratique : il faut avoir cotisé dans les deux pays pour espérer percevoir la pension algérienne depuis la France.
- ⚠️ Demander sa retraite trop tard. Le traitement d'un dossier international prend du temps. Lancez la demande plusieurs mois à l'avance.
- ⚠️ Les arnaques. Méfiez-vous des « intermédiaires » sur les réseaux sociaux qui promettent de « débloquer votre retraite » contre de l'argent. Les démarches sont gratuites et passent par votre caisse (L'Assurance retraite / CNAV) et la CNR. Aucun site privé n'est « officiel ».
Questions fréquentes
Je n'ai travaillé qu'en France. Mes années comptent-elles si je rentre vivre en Algérie ? Oui. Votre retraite française est calculée sur vos années françaises et vous est versée où que vous viviez, y compris en Algérie. La convention sert surtout à ceux qui ont travaillé dans les deux pays, mais votre droit français, lui, reste entier.
Vais-je toucher une ou deux retraites ? Si vous avez cotisé dans les deux pays, vous pouvez toucher deux pensions : une versée par la France (pour vos années françaises) et une versée par l'Algérie (pour vos années algériennes). Chacune arrive séparément.
Comment suis-je payé en Algérie ? Votre retraite française peut être versée sur un compte en France ou sur un compte en Algérie, selon votre choix. Vous l'indiquez avec un RIB lors de la demande.
Le certificat de vie, c'est vraiment tous les ans ? Oui, une fois par an, et un seul suffit pour toutes vos caisses françaises. À renvoyer sous 1 mois, sinon la retraite est suspendue. L'application « Mon certificat de vie » évite tout déplacement.
Ma retraite française sera-t-elle imposée en France ou en Algérie ? Pour une retraite privée, le principe est : imposée dans le pays où vous vivez (donc l'Algérie si vous y résidez). Pour une retraite publique (ancien agent de l'État), elle reste imposée en France. Pour votre cas précis, voyez le service des impôts.
Puis-je être soigné en Algérie avec ma retraite française ? Possible, via le protocole de 1980, si vous n'avez pas de droit aux soins au titre de la loi algérienne. Un échange de formulaires entre les deux pays peut vous ouvrir une couverture, gérée sur place par la CNAS.
Sources officielles
- CLEISS (Centre des Liaisons Européennes et Internationales de Sécurité Sociale) — accords France-Algérie, totalisation et proratisation des retraites, certificats de vie, couverture maladie des retraités à l'étranger (formulaires SE 401-ALG, SE 352-08, rôle du CNAREFE).
- Convention générale de sécurité sociale franco-algérienne du 1er octobre 1980, en vigueur le 1er janvier 1982 — base légale de la totalisation des périodes.
- L'Assurance retraite (CNAV) et service-public.fr — demande de retraite, certificat de vie (fréquence annuelle, délai d'1 mois, application « Mon certificat de vie » depuis juin 2024), prélèvements sociaux des non-résidents (3,2 % / 4,2 %).
- CNR (Caisse Nationale des Retraites, Algérie) — retraite algérienne, conventions internationales.
- Convention fiscale France-Algérie du 17 octobre 1999, en vigueur le 1er décembre 2002 (BOFiP, Légifrance) — imposition des pensions (privées = pays de résidence ; publiques = France).
Dernière vérification : 26/05/2026. Les règles de retraite, de prélèvements et de fiscalité évoluent — nous revérifions régulièrement. Pour votre situation personnelle, votre caisse de retraite (L'Assurance retraite / CNAV) et le service des impôts restent vos interlocuteurs officiels.
Guides liés (à venir) : Le certificat de vie pas à pas · Obtenir sa carte consulaire · Transférer de l'argent vers l'Algérie · Ouvrir un compte bancaire en Algérie.
— La rédaction Bledz